POURQUOI PAS NOUS ?
…Voici l’esplanade, c’est ma ville, la longue promenade aux platanes, j’y ai fait des pâtés, puis du cerceau, j’y tourne autour à présent, en Simca...C’est le progrès... Toutes fenêtres ouvertes, il sera bon de s’endormir en laissant la nuit venir en douceur dans le murmure de la ville, les musiques des télés. Je ferai les comptes demain. J’ai droit à quelques heures un peu molles, quelques heures de printemps à capter comme j’aime le faire : les paupières fermées.
Le long de la rivière, les volets se ferment déjà sur le soir qui vient...C’est la province.
Dans quelques instants, tout sera mort par ici. Les rues y sont presque des ruelles et il semble que la vie s’y déroule plus étouffée. J’ai pensé à partir...Jolie, je l’aurais peut-être fait, mais ces murs, frappés de vent et de soleil, m’auraient manqué...
Patrick CAUVIN
In : Pourquoi pas nous ? (Paris, Éditions Jean-Claude Lattès, 1978) |