Cobles et Joglars aux Platanes
Les danses et les musiques catalanes ont très souvent été associées aux événements économiques, politiques et festifs qui se sont déroulés sur la Promenade des Platanes.
Elles ont régulièrement accompagné les fêtes proposées à l’occasion des expositions publiques, agricoles et industrielles ; lors du Concours Régional Agricole de 1890, de nombreux concours furent organisés dont un de musique. Parmi les 74 sociétés musicales qui y prirent part, on remarquera la participation de la Copla (sic) des Ferréols de Prades et la Copla (sic) Carrère de Pia. Le jury octroya une prime de 200 francs à la première pour le concours international d’honneur tandis que le concours de danses « permit d’applaudir ceux qui savent mêler aux joyeux sons de la musique catalane l’agilité et la bonne grâce de leurs mouvements »(1). Cependant, après la guerre franco-prussienne, la teneur des réjouissances est marquée par l’esprit revanchard et les fêtes revêtent un caractère patriotique qui laisse peu de place à des manifestations identitaires, saluées jusqu’alors. On leur préfère des programmations chorales ou sportives qui forgent l’unité nationale!
Les cobles prennent alors part essentiellement aux festivités dans les villages.
Après la Première Guerre mondiale, la fête nationale du 14 juillet donne l’opportunité aux cobles de présenter leur répertoire : en 1920 par exemple, la Promenade des Platanes fut le cadre d’un grand concours de sardanes, sous les auspices du Centro Espagnol(2). Et s’« il est vraisemblable que la sardane telle que nous la connaissons n’ait pratiquement pas figuré au répertoire de nos joglars avant 1900(3)», on peut écouter, après la Grande Guerre, des cobles roussillonnaises qui tenteront de s’adapter à la concurrence des cobles sud-catalanes mais aussi de s’ouvrir à l ’apparition de nouveaux rythmes, se muant ainsi en orchestre de bal.
« Dès juillet 1945, date à laquelle les dix exécutants de la cobla « Catalunya » se produisent pour la première fois en public au Jardin d’enfants, la sardane commence à s’implanter définitivement à Perpignan. Des « ballades » sont organisées, le plus souvent par le Foment de la Sardana, et se tiennent tantôt place de la Loge, tantôt place Arago, place Gambetta ou devant le Casal català(4) (cours Palmarole) »(5). La pratique sardaniste de l’importante communauté catalane, installée à Perpignan après la Retirada, participe à l’ancrage de la sardane en Catalogne Nord. Dans le cadre du rassemblement communiste de 1946 aux Platanes, le Grand festival populaire de la jeunesse fait une large place dans sa programmation au folklore et au chant : on y annonce la présence de danseurs régionaux, des Cantayres Catalans et deux des quatre orchestres sont des cobles, la Cobla de Catalunya et la Cobla Cortie-Mattes de Céret.
Aujourd’hui, la ville de Perpignan propose un aplec annuel dans le programme des fêtes de Sant Joan, festa major, et c’est sur les Allées Maillol que les cobles les plus prestigieuses de Catalogne Sud et de Catalogne Nord régalent public et sardanistes.
(1) Livre d’or du concours régional et de l’exposition de Perpignan. Perpignan, Typ. - Lith. J. Bardou, 1890.
(2) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 13-14 juillet 1920.
(3) Cortada, André. Cobles et joglars de Catalogne-nord. Perpinyà, Llibres del Trabucaire, 1989.
(4) Association de Catalans créée en 1922 qui organisait de nombreuses manifestations culturelles, et dont le siège se trouvait à proximité de la Promenade, plus précisément cours Palmarole.
(5) Cortada, André. Ibidem
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