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Les moments festifs
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Le Cirque aux Platanes

La Promenade des Platanes a constitué un emplacement privilégié pour l’accueil des cirques à la fin du XIXe s. et au début du XXe s. Même si le cinématographe devient le divertissement préféré des Perpignanais à partir de 1900, les cirques familiaux ou internationaux s’arrêteront à Perpignan et connaîtront un succès qui se confirmera parfois sur plusieurs années. Parmi les compagnies qui sont fréquemment citées dans la presse, voici les noms qui reviennent le plus souvent : le cirque Casuani, le cirque Plège, le cirque National Suisse, le Grand Cirque Poltafzeff (sous la direction artistique de Mme Veuve Plège), le cirque Egelton, le cirque Dekock, et enfin, aussi improbable que cela puisse paraître, le grand cirque américain en tournée en Europe, Barnum & Bailey.

Les cirques ambulants
Le 3 janvier 1904, le cirque Dekock arrive à la Promenade des Platanes à Perpignan. La construction d’une charpente en bois, qui fera office de chapiteau, occupera les membres de cette compagnie pendant un mois. Il s’agit d’un cirque familial qui se produit principalement dans les villes moyennes du sud de la France. Tous les membres de la famille sont mis à contribution et le directeur lui-même, M. Georges Dekock, présente plusieurs spectacles équestres. Parmi les spectacles proposés on remarque plusieurs représentations de pantomime(1) à grand spectacle aux titres séduisants ou racoleurs : « Le Trappeur fantôme », « L’Enlèvement de la fiancée », « Le Barbier de Perpignan », « L’Homme sauvage ou les deux rivaux : pantomime dramatique à grand spectacle ».
Au début du XXe s., les spectacles de pantomime étaient florissants dans le milieu du cirque et du music-hall. Après la guerre de 1914-18, ils sont peu à peu remplacés par les séances de cinéma muet, et la ville de Perpignan n’échappe pas à la règle.
Le cirque Dekock s’installa dans notre ville et y donna des représentations pendant trois mois. L’implication dans la vie locale était telle que le directeur adressa une lettre publique de remerciement au public perpignanais : elle fut publiée in extenso dans L’Indépendant(2) avant le départ du cirque pour Carcassonne. Une façon très élégante de se faire de la publicité à peu de frais, tout en flattant son public.
Pendant la grande soirée de gala du vendredi 29 janvier 1904, 22 numéros différents étaient proposés en soirée. Hormis les numéros classiques basés sur les prouesses du spectacle équestre (dressage, voltige), les numéros traditionnels d’acrobatie, jonglage, trapèze, équilibre et duos comiques de clowns, le public perpignanais pouvait aussi applaudir des créations inédites et audacieuses. Parmi les spectacles les plus originaux : « Les Frères Bol et Ton, excentricités chinoises », « Le Ballet des matelots, dansé par les dames du corps de ballet », « Grande représentation équestre : les chevaux plongeurs ».
Lors de la dernière représentation du 19 mars 1904, la participation d’une vedette internationale lançait déjà la « campagne publicitaire » de la prochaine saison :
« Très prochainement, début de la belle Antoinette Loyal, la charmante écuyère des principaux cirques de Russie, venant actuellement du cirque Salamonsky de Moscou, et engagée spécialement pour la ville de Perpignan... »

Le cirque Egelton se produisit à Perpignan en 1910. Vu que ces cirques familiaux revenaient d’une année sur l’autre à Perpignan, les charpentes en bois qui supportaient les toiles de tente n’étaient pas démontées systématiquement au départ du cirque. Ces tentes-pavillons abritaient la piste, la ménagerie, les employés et le matériel nécessaire à chaque numéro. « Bien que la troupe Egelton ait quitté notre ville, les habitués de la promenade des Platanes n’ont pas été sans remarquer qu’il n’avait pas été touché à la construction de planches où s’abritaient naguère les écuyers, les clowns, les acrobates et les tigres d’Henricksen. Nous croyons savoir, en effet, que le cirque des Platanes ne sera pas démoli de sitôt. Il resterait à cet endroit quelque temps encore, attendant le retour de la troupe Egelton qui, dit-on, doit revenir. Et en attendant l’on pense que cette vaste construction pourrait très bien être utilisée pour quelque fête de conception grandiose. Il nous semble que le Comité des Fêtes a là, sous la main, un local tout trouvé pour organiser quelque chose de nouveau »(3).
Le cirque Egelton était géré par la famille Cardinal, mais les propriétaires étaient les frères Alfred et Jules Court(4), originaires de Marseille. Sous le nom d’Egelton, Alfred Court débuta sa carrière d’acrobate au Palais de la Jetée à Nice en 1899. Entre 1905 et 1910, les deux frères sont directeurs de leur cirque « Cirque Egelton » et organisent des tournées dans les petites villes de province. C’était l’époque des cirques ambulants qui s’installaient dans les villes au moment de la foire annuelle. Dans Perpignan Revue : publication hebdomadaire illustrée des Pyrénées-Orientales(5), une page entière de publicité est consacrée au Cirque Egelton : sous la photo de la famille Cardinal, on trouve l’affiche de présentation du show équestre de Joe Cashmore.

Les grands cirques internationaux
Le vendredi 9 mai 1902, le grand cirque américain Barnum & Bailey greatest show on earth, en tournée en Europe, arrive à Perpignan où il restera une seule journée. C’est un événement exceptionnel et la presse locale s’en fait l’écho : « Les quatre trains qui portent le matériel du cirque Barnum et Bailey sont arrivés cette nuit en gare de Perpignan. Chaque train comprenait dix-sept wagons spéciaux. Le débarquement a commencé à quatre heures du matin, par la gare des marchandises avec une étonnante rapidité, avec un ordre admirable. Les voitures, attelées de six ou huit chevaux se sont dirigées vers le champ de manoeuvres par la route de Port-Vendres. A six heures on déchargeait les toiles de tentes et les outils sur le terrain de manoeuvres et les équipes d’anglais [sic] se disposaient à planter les piquets dans le sol pour installer les douze tentes-pavillons. En peu de temps le cirque a été monté au grand ébahissement des nombreux curieux qui assistaient à cette opération. Nous rappelons que deux représentations auront lieu aujourd’hui au cirque, à 2 heures de l’après-midi et à 8 heures du soir »(6).
La taille colossale du cirque est annoncée dans l’encart publicitaire paru dans L’Indépendant(7) : « 1.000 hommes, femmes, chevaux, wagons et chars », « 12 tentes-pavillons éclairées à l’électricité, pouvant contenir 12.000 spectateurs assis », « 3 troupeaux d’éléphants savants, 2 troupeaux de chameaux, 400 superbes chevaux ».
L’esprit du cirque traditionnel n’avait plus rien à voir avec cette entreprise géante qui transportait dans chaque ville un muséum, un hippodrome itinérant, un champ de courses, des ménageries et des volières. Certains numéros sensationnels et inédits, « Courses de chars romains à deux et quatre chevaux » nécessitaient un vaste terrain dégagé et adapté aux exigences des équidés.
Une grande partie du succès populaire du cirque était assurée par les 12 tentes-pavillons dans lesquelles était présentée une « incomparable réunion de phénomènes humains ». Ce spectacle permanent attirait une foule de curieux animés de motivations malsaines sous couvert d’une approche pseudo-scientifique. Vu le prix plancher des places (1 fr. 50) et la capacité d’accueil des tentes-pavillons, on imagine aisément les bénéfices que pouvait réaliser le gérant du cirque en une seule séance. La réussite de la tournée reposait sur des métodes de travail infaillibles qui avaient déjà fait leurs preuves en Amérique : organisation méthodique, personnel docile et compétent, annonces publicitaires (affiches, programmes, encarts publicitaires dans la presse), excellente connaissance des publics et de leurs motivations.
Voici comment le journaliste Horace Chauvet expliquait à ses contemporains le succès phénoménal du Barnum and Bailey greatest show on earth : « Barnum, le maître incontesté de la réclame dans ce qu’elle a de plus aguichant, de plus ingénieux, de plus perfectionné, le père de ce que les [A]nglais appellent le « puff », donne à l’Europe une belle leçon de choses. Cet audacieux américain, charlatan prodigieux, avait constaté que dans tout homme il y a un gogo et pensé avec raison qu’il pouvait exploiter la badauderie naïve de ses contemporains... Merveilleux mystificateur habile à soulever la curiosité des plus sceptiques, avec ce levier puissant qu’est la réclame, l’[A]méricain Barnum fut le prototype le plus caractéristique de l’industrialisme moderne. Que de fois son nom a été évoqué comme exemple probant de ce que peuvent l’ordre, la méthode et la réclame à outrance mis au service d’un esprit ingénieux. »(8)
Effectivement, les deux représentations données à Perpignan connurent une fréquentation record. Pour la journée du 9 mai 1902, 7 070 voyageurs furent enregistrés à la gare de Perpignan : 3 720 venant de Cerbère et d’Arles , 1 750 de Narbonne, 1 600 de Villefranche. Précisons que la gare de Perpignan accueillait en moyenne 850 voyageurs par jour.


(1) Pièce, scène, accompagnée ou non de musique, où les acteurs s’expriment par le geste et la mimique, à l’exclusion du langage oral in TLFI (Le Trésor de la Langue Française Informatisé http://atilf.atilf.fr/tlf.htm)
(2) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 20 mars 1904
(3) Le Cirque des Platanes in L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 8 décembre 1910
(4) Alfred Court (1883 - 1977) et Jules Court (1880 - 1955)
(5) Perpignan Revue, 1, 1910
(6) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 9 mai 1902
(7) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 8 mai 1902
(8) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 9 mai 1902

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