La cérémonie des Platanes et la réception triomphale du
Vainqueur de la Marne
C’est le 11 octobre 1919 qu’un accueil triomphal fut fait au Maréchal Joffre avec une mise en scène savamment orchestrée pour rendre hommage à « l’illustre enfant de la petite patrie roussillonnaise » : on installe une estrade sur fond de velours rouge, on dresse l’œuvre de Raymond Sudre - L’épée de la Marne, commande du Comité de l’Hommage Roussillonnais au Maréchal Joffre - sur un piédestal devant la tribune et on réserve un emplacement pour les troupes.
Le cortège officiel fut aussi l’objet de toutes les attentions protocolaires avec les gendarmes à cheval, la batterie des sapeurs-pompiers… tandis que résonnaient les salves d’artillerie et que les cloches des églises sonnaient à toute volée.
La cérémonie des Platanes se déroula en présence de nombreuses autorités civiles, militaires et religieuses : l’évêque Mgr Carsalade du Pont, une centaine de maires du département, la délégation provençale, avec à sa tête Xavier de Magallon félibre majoral, et la délégation catalane représentée par Josep Puig i Cadafalch, président de la Mancomunitat de Catalunya(1). Ce dernier prononça une vibrante allocution en catalan et remarqua « qu’après avoir défilé sous l’Arc de Triomphe il manqu[ait] au maréchal la consécration du passage triomphal sur les Ramblas de Barcelone »(2). Précisons que le maréchal Joffre se rendit à Barcelone quelques mois plus tard puisqu’il y présida les Jocs Florals(3) en mai 1920.
Les pavoisements tricolores, la conviction des orateurs saluant la vaillance des soldats, l’interprétation de La Marseillaise enthousiasmèrent la foule « vibrante, à l’envi, de patriotiques reconnaissances ».
Après la cérémonie de la remise des épées d’honneur, celle de Sudre mais aussi celle des Provençaux réalisée par l’artiste et poète Valèri Bernard(4), le maréchal remercia les orateurs « Je suis profondément touché de l’accueil que je reçois dans ce pays qui m’est cher entre tous… Je vis ici des heures inoubliables» (5) avant de rejoindre le banquet populaire organisé par la Commission des fêtes du Comité de l’Hommage Roussillonnais au Maréchal Joffre.
(1) Organe de gouvernement catalan (1914-1925)
(2) In : L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 13 octobre 1919.
(3) Concours annuels de poésie à nouveau restaurés à Barcelone à partir de 1859.
(4) Valèri Bernard (Marseille, 1860-Marseille, 1936)
(5) In : L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 13 octobre 1919.
Histoire de La Catalane à l’Épée de Raymond Sudre
« Nous avons remarqué dans la vitrine d’objets d’art de la maison Charpentier, rue de l’Argenterie, une toute récente production de notre compatriote Raymond Sudre. C’est une plaquette en bronze d’une nouvelle patine, représentant une gracieuse catalane, tenant dans ses bras l’épée qu’elle va offrir au Maréchal [Joffre]. Dans le fond, on distingue la silhouette du Castillet et les armes de Catalogne qui ornent le coin gauche de la plaquette ajoutent encore à la couleur locale de cette oeuvre.
Le sculpteur a voulu limiter à 20 le nombre d’exemplaires, et chaque plaquette est numérotée.
Nous ne ferons pas une fois de plus ici l’éloge de notre éminent compatriote dont les récents succès ont fini de consacrer le talent. Toutefois, nous sommes heureux de constater que Sudre a conservé vivace au coeur le souvenir de sa petite patrie, et son ciseau ne perd pas une occasion de manifester son amour pour elle»(6)
Cette plaquette est une autre version de la sculpture commandée à Raymond Sudre par le Comité de l’Hommage Roussillonnais au Maréchal Joffre présidé par Joseph Denis(7) et par la municipalité de Perpignan.
(6) L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, 5 juillet 1919.
(7) Joseph Denis, maire de Perpignan (19 mai 1912 - 19 mai 1929).
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